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Et si le plus important dans un jeu pédagogique n'était pas le jeu ?

15 oct.
7 min de lecture

Trois petites expériences de Thiagi pour regarder la formation autrement.


45 secondes pour dessiner un arbre.

Quelques mots à mémoriser.

Trois suites de nombres à compléter.

À première vue, rien de bien extraordinaire.

Et pourtant, derrière ces expériences se cachent trois questions essentielles pour les formateurs et les concepteurs pédagogiques.

C'est ce que j'aime dans la ludopédagogie : une activité toute simple peut devenir un formidable déclencheur de réflexion.

À condition de ne pas s'arrêter au jeu !


Les JOLTs de Thiagi : des petites secousses qui font réfléchir

Connaissez-vous Sivasailam Thiagarajan, plus connu sous le nom de Thiagi ?


Spécialiste des méthodes interactives en formation, il a développé de nombreuses approches pour placer les participants en situation d'expérimentation.

Parmi elles, les JOLTs.

Une JOLT, c'est une expérience courte, généralement de moins de cinq minutes, conçue pour provoquer une prise de conscience.

On expérimente, on se laisse parfois surprendre et, surtout, on prend le temps de comprendre ce qui vient de se passer.

Car une JOLT n'a pas pour vocation de transmettre à elle seule tout un savoir-faire.

Elle sert avant tout à faire émerger une question, à bousculer une représentation, à ouvrir une réflexion.

Et c'est là que le travail pédagogique commence.

Je vous propose d'en découvrir trois, sous un angle un peu particulier : non pas pour enrichir votre catalogue de jeux, mais pour questionner vos pratiques de formation.


1. L'arbre : quand l'essentiel ne se voit pas


45 secondes. Un arbre à dessiner.

Voilà la proposition de Thiagi.

La plupart des participants représentent spontanément un tronc, des branches, parfois quelques feuilles.


Puis arrive la question :

« Et les racines ? »

Elles sont souvent absentes du dessin.

Pourtant, sans elles, difficile pour notre arbre de se développer !

Cette petite expérience nous rappelle une chose : nous avons tendance à accorder davantage d'attention à ce qui est visible, au risque de négliger certains éléments essentiels.


Et si nous regardions nos formations comme des arbres ?

Ce que l'on voit facilement :

Des participants qui jouent, manipulent des cartes, relèvent des défis, coopèrent, sourient et échangent.

C'est vivant. Et c'est déjà intéressant.

Mais sous cette partie visible, qu'avons-nous planté ?

  • Une intention pédagogique claire ?

  • Des objectifs d'apprentissage identifiés ?

  • Une activité cohérente avec les besoins du public ?

  • Un débriefing pour donner du sens à l'expérience ?

  • Une façon de vérifier ce qui a réellement été appris ?

Voilà quelques-unes des racines de notre conception pédagogique.

Un jeu peut être magnifique, original et enthousiasmant.

Mais si nous ne savons pas précisément pourquoi nous l'utilisons, que cherchons-nous réellement à faire pousser ?


LudoDéclic®

Le jeu attire le regard. C'est l'intention pédagogique qui lui donne ses racines.


Ce que cette expérience nous apprend sur la conception

Avant de choisir un outil, il est essentiel de revenir à la finalité de l'apprentissage.

Pour qui concevons-nous ?

Pourquoi ?

Quel changement souhaitons-nous accompagner ?

Le choix du jeu vient ensuite.


2. Le mot fantôme : quand notre mémoire nous joue des tours


Deuxième expérience.


Thiagi propose aux participants d'écouter une liste de mots.

Rêve, sommeil, nuit, matelas, couverture, oreiller…

Un mot inhabituel vient se glisser dans la liste. Un autre revient plusieurs fois.

Quelques secondes plus tard, les participants doivent retrouver le maximum de mots.

Puis arrive une question surprenante :


« Qui se souvient du mot LIT ? »

Certains sont persuadés de l'avoir entendu.

Et pourtant, il n'était pas dans la liste !

Notre mémoire n'enregistre pas simplement les informations comme un appareil photo.

Elle sélectionne, organise, associe et peut parfois reconstruire des souvenirs.

Dans cette JOLT, Thiagi attire notamment l'attention sur les effets de la répétition, de la surprise, de la position des informations et sur la possibilité de faux souvenirs.


Mais quel rapport avec nos formations ?


Imaginez une formation particulièrement dynamique.

Les participants sont attentifs.

Les échanges sont riches.

Les retours à chaud sont excellents.

Quelques jours plus tard, que reste-t-il ?

Quelles notions peuvent-ils retrouver sans leurs supports ?

Que savent-ils expliquer avec leurs propres mots ?

Quelles connaissances sont-ils capables de mobiliser dans une situation nouvelle ?


Avoir vécu une expérience engageante ne garantit pas que les apprentissages seront durablement disponibles.


C'est là qu'interviennent les activités de réactivation, les temps de reformulation, les mises en pratique et les occasions de réutiliser les connaissances.

Le jeu peut soutenir certaines de ces démarches, à condition de choisir la bonne mécanique au bon moment.


LudoDéclic®

Ce qui a été entendu n'est pas forcément retenu. Et ce qui est retenu n'est pas forcément réutilisable.


Ce que cette expérience nous apprend sur l'animation

La question n'est pas seulement :

« Comment vais-je transmettre cette information ? »

Elle devient aussi :

« Que vais-je proposer aux participants pour qu'ils puissent la retrouver, l'expliquer et l'utiliser ? »

Une nuance qui change beaucoup de choses dans la conception d'une formation.


3. Les suites de nombres : le piège de la bonne recette

Dernière expérience.


Regardez cette suite :

1 – 2 – 4 – 8 – 16 – ?

Vous trouvez probablement 32.

Essayons celle-ci :

2 – 3 – 5 – 9 – 17 – ?

La réponse attendue est 33.

Dans les deux cas, une règle mathématique permet de poursuivre la suite.

Notre cerveau commence à comprendre le fonctionnement du défi.

Et puis Thiagi propose une troisième suite :

8 – 5 – 4 – 9 – ?

Cette fois, les règles précédentes ne nous aident plus beaucoup.


Pourquoi ?

Parce qu'il faut changer de regard.

L'astuce consiste à écrire les nombres en toutes lettres en anglais : eight, five, four, nine. Ils sont classés dans l'ordre alphabétique. Le nombre suivant est donc 1 (one).

La petite secousse vient de là.

Nous avons parfois tendance à réutiliser une stratégie simplement parce qu'elle a fonctionné auparavant.


Et en formation ?

Qui n'a jamais vécu cette situation ?

Vous découvrez une activité qui fonctionne particulièrement bien.

Les participants adhèrent.

L'ambiance est excellente.

Le débriefing est riche.


Vous êtes convaincu d'avoir trouvé une pépite pédagogique !

Alors vous avez envie de la reproduire.

Et c'est bien naturel.

Mais avec un autre public, un autre objectif ou un autre contexte, le résultat peut être très différent.


Ce qui était pertinent hier ne l'est pas automatiquement aujourd'hui.

Une activité n'est jamais efficace uniquement parce qu'elle porte le nom de jeu pédagogique.

Son intérêt dépend de ce que nous cherchons à développer et de la manière dont nous l'intégrons à notre progression.


LudoDéclic®

Une activité qui fonctionne n'est pas forcément une activité adaptée.


Ce que cette expérience nous apprend sur nos choix pédagogiques


En ludopédagogie, l'enjeu n'est pas de trouver LE jeu qui fonctionne partout.

Il s'agit de comprendre les mécaniques, les leviers qu'elles activent, leurs limites et leur pertinence au regard des apprentissages visés.

Autrement dit : apprendre à choisir plutôt qu'à reproduire.


Trois expériences. Trois regards. Un même fil conducteur.


Reprenons nos trois JOLTs.

L'arbre nous rappelle l'importance de ce qui soutient une activité : l'intention, les objectifs et la conception pédagogique.

Le mot fantôme nous questionne sur la mémorisation, la réactivation et la nécessité de vérifier les apprentissages.

Les suites de nombres nous invitent à sortir de nos automatismes pour adapter nos choix pédagogiques à chaque situation.

Elles n'ont pas pour objectif de nous apprendre trois nouveaux jeux.


Elles nous permettent surtout d'interroger trois dimensions essentielles de notre métier :

CONCEVOIR — ANIMER — ÉVALUER

Et elles ont autre chose en commun.

Elles nous font vivre une expérience avant de nous inviter à réfléchir.


C'est une démarche que j'utilise régulièrement dans mes accompagnements :

Vivre → Décoder → Transférer

Vivre une expérience

Expérimenter, essayer, se confronter à une situation.

Décoder ce qui s'est passé

Observer, questionner, confronter les points de vue, donner du sens.

Transférer dans sa pratique

Identifier ce que l'on peut réutiliser, adapter ou transformer dans son propre contexte.

Car un jeu n'est pas une fin en soi.


Et le débriefing n'est pas une simple discussion pour savoir si les participants ont aimé.

Il permet de construire le passage entre une expérience vécue et une compréhension qui pourra être mobilisée.

Encore faut-il savoir ce que nous voulons faire émerger, comment accompagner cette réflexion et quelles traces permettront de constater les apprentissages.

C'est précisément là qu'intervient la ludo-ingénierie pédagogique.


Alors, faut-il vraiment davantage de jeux dans nos formations ?


J'adore les jeux.

Je les explore, je les détourne, j'en conçois et je les intègre dans mes accompagnements.

Mais je suis convaincue d'une chose :


Une formation ne devient pas meilleure simplement parce qu'on y ajoute des jeux.

La ludopédagogie demande aussi de s'interroger sur les objectifs, les publics, les modalités, les mécanismes d'apprentissage et les preuves attendues.

Parfois, une activité très simple sera bien plus pertinente qu'un dispositif élaboré.

Parfois, il faudra inventer une mécanique nouvelle.


Et parfois, le choix le plus pertinent sera tout simplement de ne pas jouer !

L'enjeu n'est donc pas de jouer davantage.


C'est de faire apprendre autrement, avec discernement, créativité et intention.


Et si votre prochaine formation avait besoin d'autre chose qu'un jeu de plus ?


Vous êtes formateur, formatrice ou concepteur pédagogique ?

Vous avez envie de renouveler vos pratiques, mais vous vous posez certaines questions :

  • Comment choisir une activité ludique pertinente pour mes objectifs ?

  • Comment faire participer sans tomber dans le jeu pour le jeu ?

  • Comment construire un débriefing qui donne du sens à l'expérience ?

  • Comment observer et vérifier les apprentissages ?

  • Comment adapter les activités à mes publics et à mes contraintes ?

Ces questions sont au cœur de ma formation Cultiver la ludopédagogie.


Deux jours pour faire évoluer votre façon de concevoir et d'animer

Je vous propose un voyage au cœur des apprentissages, en format One-to-One.

Un programme structuré, des expérimentations, des ateliers contextualisés et du temps pour analyser vos pratiques.

L'objectif n'est pas de repartir avec une simple collection de jeux.

Il est de mieux comprendre comment intégrer la ludopédagogie dans vos formations, en faisant des choix adaptés à vos intentions pédagogiques.


Offre de fin d'année 2026

Deux sessions :

  • 18 et 25 novembre 2026

  • 9 et 16 décembre 2026

450 € HT en financement direct

600 € HT avec financement.


Places limitées, avec possibilité d'accueillir jusqu'à deux personnes par session.

Pour prolonger l'expérience, une formule Formation + kit LudoCulture® est également disponible.


Et si votre meilleure résolution professionnelle pour 2027 commençait avant la fin de 2026 ?

Contactez-moi avec le mot « LUDO » pour recevoir le programme et les modalités.


Votre formation : faites-la vivre !



Sandrine TardieuLudo-ingénieure pédagogique et facilitatriceLe Jardin des PossiblesEntrepreneure salariée au sein de la coopérative Ze.coop


Sources : les JOLTs « Draw a Tree », « Memory Test » et « Number Series » de Sivasailam Thiagarajan (Thiagi). Les mises en perspective avec la ludo-ingénierie pédagogique et les LudoDéclics® sont des adaptations et analyses proposées par Sandrine Tardieu – Le Jardin des Possibles.

 
 
 

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